Vendredi 22 mai : Nice → Vintimille, l’odyssée des corniches et des cols mythiques
Ce matin-là, je quitte Nice par la Moyenne Corniche, une route qui n’est pas qu’un simple ruban d’asphalte. Elle serpente là où, il y a deux mille ans, la Via Julia Augusta reliait l’Empire romain à la Gaule. Un frisson historique : Napoléon, les armées sardes, les résistants de 40… tous ont foulé ces hauteurs stratégiques. Aujourd’hui, c’est le terrain de jeu des cyclistes et des motards, avides de défis et de paysages à couper le souffle.

Entre Èze, La Turbie et Menton, je traverse un territoire où le luxe et l’histoire se mêlent. Depuis la fin du XIXe siècle, les aristocrates britanniques, russes et italiens y ont élu domicile, construisant des villas accrochées à flanc de montagne, dominant la Méditerranée. Le relief escarpé explique cette architecture spectaculaire : des terrasses suspendues au-dessus de la mer, comme des balcons sur l’éternité.



En cette fin de matinée, le soleil tape dur. L’ascension côté sud-ouest est une fournaise. Pas un souffle d’air, mais les paysages valent chaque goutte de sueur. J’atteins le col de la Madone, un lieu culte du cyclisme. Ici, les pros viennent s’entraîner. Lance Armstrong, entre autres, en a fait sa référence pour tester sa forme. La montée est régulière, exigeante, et aujourd’hui, écrasée par la chaleur. Heureusement, une roulotte propose café et boissons. Je m’y pose, savourant mon expresso. La tenancière, me remplit même mon CamelBak avec ses dernières bouteilles d’eau.


La descente sur Menton est un pur bonheur : route sinueuse, points de vue à couper le souffle. Des Italiennes en vélo s’arrêtent pour immortaliser le paysage. « Che bella ! » s’exclament-elles. Je ne peux qu’acquiescer.

Menton, avec son architecture, sa cuisine et sa végétation, est déjà l’Italie avant l’Italie.

Mais la route pour basculer de l’autre côté de la frontière est fermée pour travaux. Qu’à cela ne tienne : une dernière montée par une route secondaire, puis la plongée vers Vintimille, ville italienne populaire où l’ambiance change radicalement. Plus brut, plus vivant, plus méditerranéen.

Bilan de la journée : 69,5 km, 3h52 de selle, 1 229 m de dénivelé positif.
Samedi 23 mai : Camporosso → Bajardo par Sanremo, entre mer et montagne ligurienne

Un double expresso pour démarrer la journée, puis direction Sanremo en longeant la côte par la voie verte. Sanremo me séduit immédiatement. Mais l’appel de la montagne est trop fort. Je prends la direction de Montalto Ligure, où des groupes de cyclistes pros s’entraînent. Je bifurque sur une petite route sauvage, étroite, peu fréquentée, qui mène au village de Bajardo. 900 m de dénivelé à avaler.

Le début de l’ascension est rude, parmi les oliviers. Puis la végétation se fait plus dense, offrant une ombre bienvenue. La biodiversité est riche, la route sauvage.


À Bajardo, je m’offre une pause bien méritée : café et pâtisseries en terrasse, CamelBak rempli.


La redescente sur Sanremo est plus roulante, malgré quelques nids-de-poule.
Je m’arrête sous les palmiers pour déguster mes pâtisseries achetées à Bajardo.

Sanremo n’est pas qu’une carte postale. Son histoire est riche : dès le XIXe siècle, elle attire la haute société européenne: nobles russes, Anglais, Allemands, qui viennent y passer l’hiver. La ville devient alors la « ville des fleurs », avec ses promenades élégantes en bord de mer. Son identité est hybride : influence française, présence historique russe (églises orthodoxes), et bien sûr, culture italienne ligure.

Sanremo est aussi la Mecque du cyclisme. Chaque année, elle accueille l’arrivée de la Milano-Sanremo, l’une des classiques les plus prestigieuses et les plus longues du calendrier (298 km). La 117e édition, le 21 mars 2026, a vu Tadej Pogačar l’emporter après 2 608 m de dénivelé, à une vitesse moyenne de 45,17 km/h.

Je rentre à mon point de départ, 100 km au compteur, 1 420 m de dénivelé en 4h50 de selle (sans compter les pauses). La journée se termine les pieds dans l’eau, une bière dorée à la main, le soleil couchant pour seul témoin.


Dimanche 24 mai : Retour sur Nice par la Petite Corniche, entre luxe et Méditerranée
Aujourd’hui, c’est le jour du retour. Tente et affaires packées, je prends la route de la Petite Corniche. Les points de vue sont magiques, la mer toujours présente. Ça cogne fort. Le moindre filet d’air est une bénédiction.


Je passe la frontière, longe Menton et ses couleurs flamboyantes, puis Cap Martin.

L’entrée dans Monaco est un choc : grands immeubles, hôtels de luxe… et le circuit de Formule 1. J’ai la chance de rouler à vélo sur la piste mythique, quelques jours avant le Grand Prix.



Un tunnel me permet de rejoindre le cap d’Ail, où la mer ressemble à une toile de peintre : bleu saphir, bateaux dansant sur l’eau turquoise.

Je pousse jusqu’à la presqu’île de Saint-Jean-Cap-Ferrat, où les villas, immenses et stylées, défient l’imagination. Puis, redescente sur Nice par le Mont Boron. Une halte s’impose dans un restaurant du port pour des moules marinières bien méritées. Je termine en beauté au Café du Cycliste, avec un dessert et un café.


Bilan de la journée : 65 km, 3h23 de selle, 770 m de dénivelé positif. Une journée où j’ai pris mon temps pour savourer ce petit coin de paradis.
Épilogue : Le matériel, complice de l’aventure
Arrivé en TGV depuis Lyon, j’avais opté pour la housse de transport Décathlon, compacte et facile à glisser dans une sacoche. Mon fidèle compagnon : un Canyon Endurace, léger et confortable.
- Sacoche de selle : duvet, tapis de sol, vêtements.
- Sacoche de cadre : CamelBak, kit de réparation.
- Tente : fixée sur le cintre, et par-dessus, la sacoche Rollmop de Ratio.

Et vous, prêt à vous lancer ?
Cette aventure est à la portée de tous, à condition de bien la préparer. Alors, pourquoi attendre ? La Côte d’Azur et la Ligurie offrent des paysages à couper le souffle, une histoire riche et des routes mythiques pour les cyclistes. Voici quelques clés pour organiser votre propre itinérance :
- Choisissez la bonne période : Printemps ou début de l’automne pour éviter les fortes chaleurs estivales. Mai et septembre sont idéaux.
- Préparez votre itinéraire : Utilisez des applications comme Komoot, Strava ou OpenStreetMap pour tracer votre parcours. Les routes des corniches (Moyenne, Grande, Petite) et les voies vertes liguriennes sont des incontournables.
- Logistique légère mais efficace :
- Un vélo endurance ou gravel pour allier confort et polyvalence, mais n’importe quel vélo de route permet de rouler sur ces routes.
- Des sacoches étanches pour protéger vos affaires (vêtements, duvet, matériel de réparation).
- Un CamelBak ou des bidons pour rester hydraté, surtout en montée.
- Une tente ultra-légère et un tapis de sol compact si vous prévoyez de bivouaquer.
- Anticipez les points d’eau et de ravitaillement : En montagne, les fontaines et commerces peuvent être rares. Prévoyez des réserves et repérez les cafés ou roulottes en chemin.
- Respectez votre rythme : Ne sous-estimez pas le dénivelé. Écoutez votre corps et faites des pauses régulières.
- Découvrez les alternatives : Si les cols vous semblent trop difficiles, optez pour des routes côtières ou des voies vertes. La Ligurie regorge de parcours accessibles et tout aussi magnifiques.
L’important ? Se lancer. Que ce soit pour un week-end ou une semaine, chaque coup de pédale vous rapprochera d’une expérience inoubliable. Alors, à quand votre prochaine (ou première) aventure à vélo ?


Laisser un commentaire