Récit: Le tour des Monts du Lyonnais : rouler dans le froid pour apprendre à durer

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Il y a des sorties qu’on planifie pour la beauté des paysages.
Et puis il y a celles qu’on fait pour autre chose. Pour éprouver le corps. Pour vérifier l’envie. Pour voir ce qui reste quand les conditions se dégradent.

Ce jour-là, je pars à 8h45, juste après le lever du soleil. L’objectif est simple sur le papier : faire le tour complet des Monts du Lyonnais par la route. Depuis plusieurs jours, le brouillard s’est installé sans discontinuer. Le froid est là, épais, persistant. La météo annonce une éclaircie. J’ai envie d’y croire.

Les premiers kilomètres sont rudes. Le brouillard est dense, le monde semble réduit à quelques mètres devant la roue. À Pollionnay, une première trouée laisse apparaître un bout de ciel bleu. Une promesse. Puis le coton revient, jusqu’à Messimy, où le soleil se montre enfin. Quelques minutes seulement, mais suffisantes pour recharger le moral. J’imprime un rythme constant, pas pour aller vite, simplement pour rester chaud.

Après Mornant, je bascule dans la vallée du Giers, sous la couche du brouillard. Le froid devient plus humide, plus pénétrant. Une pause boulangerie s’impose : un café brûlant, un pain au chocolat, un sandwich pour plus tard. De quoi remettre un peu d’humanité dans cette traversée grise.

La vallée ne m’inspire pas davantage que lors de mon premier passage ici, il y a quelques années, lors de mon premier périple à vélo avec mon Diverge. Le ressenti est le même. Je traverse sans m’attarder. À Sorbiers, je grimpe en direction de La Talaudière, attiré par le bleu du ciel. À La Fouillouse, le soleil est enfin là. Je m’arrête quelques minutes, mange mon sandwich, profite simplement de la chaleur retrouvée.

La route se déroule ensuite en longues lignes droites jusqu’à Saint-Galmier. La moitié de la boucle est atteinte. Je passe devant Badoit sans m’arrêter remplir les bidons. Par ce froid, le corps réclame peu d’eau, mais beaucoup d’attention.

Je replonge franchement dans le brouillard. À Saint-Cyr-les-Vignes, je grimpe vers Haute-Rivoire. La petite route déserte longe une rivière paisible. Peu à peu, le ciel bleu reprend ses droits. Sur les poteaux électriques, des faucons crécerelles et des buses variables observent la route, immobiles, comme suspendus à la disparition du brouillard.

Au pied de Virigneux, je fais une courte pause énergétique. Un agriculteur me croise sur son tracteur. Il me regarde, lève la main. Pas un mot. Un geste simple, mais chargé de sens. Une forme de reconnaissance silencieuse entre deux personnes qui affrontent les conditions, chacune à sa manière.

Le brouillard revient encore vers Saint-Laurent-de-Chamousset. La fin du parcours est descendante. Et ce sont les pieds qui encaissent le plus. Le froid s’y installe durablement. J’essaie de les bouger, de relancer la circulation, mais la sensation est nette : comme poser les pieds sur une plaque de métal glacée.

Pourtant, rien n’entame la satisfaction d’être allé au bout.
137 kilomètres. 1 876 mètres de dénivelé. 5h45 de selle.
Et surtout, des conditions qui obligent à rester humble et concentré.

Les jours suivants, je continue à rouler, dans le cadre de la Rapha Festive 500. Une idée un peu absurde, mais qui pousse à sortir même quand l’envie hésite. Une boucle plus courte dans le Beaujolais sud, 47 kilomètres seulement, mais paradoxalement plus éprouvants pour les pieds. Le matériel compte. Les détails aussi. Les sur-chaussures font leur travail, mais le froid finit toujours par trouver un passage.

Le 30 décembre, dernière sortie de l’année. Une boucle de 44 kilomètres jusqu’à Chambost-Longessaigne pour franchir les 5 000 kilomètres annuels. Les températures sont encore plus basses, mais le brouillard a disparu. Les arbres sont couverts de givre. Deux fois, une buse s’envole d’un barbelé à quelques mètres de moi. Le silence est total.

Je termine l’année satisfait.
5 000 kilomètres, ce n’est pas un exploit. Mais c’est une continuité. Une fidélité au geste. Surtout quand le vélo n’est qu’une passion parmi d’autres, au milieu d’une vie bien remplie.

Pour 2026, je ne cherche pas à faire plus.
Je cherche à faire mieux.
Moins de chiffres, plus de sens.
Moins de kilomètres empilés, plus de voyages à vélo qui laissent une trace – à suivre ici.


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