Pas besoin d’aller loin pour vivre une aventure

On s’imagine souvent le bikepacking comme une histoire de grands espaces, de cols alpins, de cartes au long cours. Pourtant ce samedi-là, en partant de l’atelier d’Epsilon dans le 8e arrondissement de Lyon, nous avons eu la preuve éclatante qu’il suffit parfois de lever le nez de sa routine pour vivre un vrai périple. La ville n’était pas encore sortie de notre rétroviseur que l’aventure était déjà là.

Départ depuis l’atelier Epsilon
Ce tour bikepacking a une saveur particulière : nous le faisions avec Quentin, le fondateur d’Epsilon et c’est justement devant son atelier, dans le 8e arrondissement, que le périple a commencé. Epsilon, c’est du vélo artisanal lyonnais dans ce qu’il fait de mieux : tous les cadres sont fabriqués et soudés à la main dans l’atelier, à partir de tubes haut de gamme du fabricant italien Columbus. L’acier, évidemment : sa haute résistance permet de mettre en forme des tubes fins, légers et durables, choisis pour donner au cadre une souplesse maîtrisée. Le confort pour les longues sorties comme cette sortie sur 2 jours. Chez Epsilon, on privilégie les solutions fiables et éprouvées plutôt que les effets de mode, des standards pérennes et des composants de qualité, pour un vélo qui vous accompagne des années. Et chacun des vélos est entièrement personnalisable : tailles, finitions, coloris, composants. C’est simple : sur une sortie comme celle-là, on ne pédale pas seulement sur des cadres, on pédale sur des histoires soudées à la main à quelques encablures de chez nous.

L’ascension des monts du Lyonnais
Le départ se fait en début d’après-midi, un choix que nous ne tardons pas à regretter dès les premières montées. Ce 25 juillet, il fait très chaud et sec, et le soleil de plomb n’épargne personne. Mais qu’importe : la piste gravel qui mène au Château Saint-Bonnet-le-Froid est large, roulante, magnifique. On grimpe chacun à son rythme, le rythme régulier des manivelles remplaçant peu à peu le brouhaha des voitures sur la route du col.

Pause en terrasse
Après le sommet, la redescente de l’autre versant se fait par des chemins plus techniques, chacun dans son tempo.

Le village de Saint-Pierre-la-Palud arrive à point nommé pour une pause bien méritée au bar-restaurant du coin. Verre en main, on observe le ciel qui s’est drôlement assombri. Le tonnerre gronde au loin, pile sur la suite de notre parcours. Un coup d’œil au radar de pluie me rassure à moitié : notre pause laissera le temps à l’orage de passer. Optimistes, on repart en se disant qu’on esquivera les gouttes.

Sous la pluie

Vaine illusion. À hauteur de Savigny, les premières gouttes tombent, et elles ne nous lâcheront plus jusqu’au bivouac. Vestes de pluie enfilées, lumières allumées, on attaque la portion route qui mène à la forêt de Brou et ses grands douglas pour 63% (Le douglas Laurent Bonnevay est l’un des plus grands spécimens d’Europe), feuillus pour 16%, Sapin pectiné pour 15%. Trempés jusqu’aux os mais hilares, on explore la forêt au milieu de majestueux douglas sous l’averse. C’est exactement ça, le côté aventure de notre petite expédition locale : personne d’autre que nous ne s’aventure dans ces conditions. Et ça donne à cette petite aventure un vrai goût du sauvage.

Les éclairs pètent au sommet de la forêt. On se demande un instant s’il faut maintenir le spot de bivouac prévu ou descendre un peu plus bas pour réduire le risque de foudre. Pendant que l’on délibère, un léger contretemps tranchera pour nous : je perce ma chambre à air avant sur un caillou trop pointu, conséquence de la pression de pneus baissée pour les chemins. Le temps de réparer, l’orage a fini de passer.




Le spot « wow »

On arrive enfin en haut de la forêt, au lieu de bivouac que j’avais prévu. Effet « wow » garanti pour tout le groupe : nous sommes en pleine forêt, mais en même temps en bord de montagne, avec une vue à 180° sur l’Est. Gelés et détrempés, on ne tarde pas à monter les tentes pour nous changer et nous mettre au sec. On a même cru qu’on devrait manger sous la tente tant la pluie semble s’être installée.


Puis, pile au moment où la dernière sardine est plantée, la pluie s’arrête. Miracle de bikepacker. Au sec, on mange tous ensemble, et du haut de notre promontoire, on observe les éclairs des orages s’éloigner vers l’Est. Un vent chaud nous surprend même, puis plus rien, silence total. Le vent reviendra plus tard, d’une autre direction, et avec la fatigue il nous refroidit d’un coup. Pas de traîne : au lit, chacun dans sa tente.



Une nuit dans le silence
Le sommeil vient vite, difficile de faire long feu quand on est au sec après une journée pareille. La nuit est calme, d’un calme total, seulement troublée par un animal mystérieux dont on n’identifiera jamais le cri.

Le retour par les plus belles pistes du haut Beaujolais
Au matin, petit café serré, tentes pliées, et on attaque directement les plus belles pistes forestières du haut Beaujolais. Le soleil perce les nuages, les traces de la veille s’évaporent, et on savoure ces pistes roulantes en pleine forêt jusqu’à en être rassasié. On redescend sur Saint-Nizier-d’Azergues, puis le retour se joue dans la vallée d’Azergues : organisation en relais, bombarder direction Lozanne pour qu’un copain attrape son train. La vraie fin d’aventure, celle qui se termine en courant après un train.





Le partage
Il y a ce que les cartes ne mesurent pas : le partage. Être quatre copains sur le même sentier, c’est se relayer les encouragements dans les grimpées, attendre celui qui répare, ou celui qui s’arrête photographier le paysage, rire ensemble quand tout part de travers, ou se partager les dernière anecdotes. Chacun son rythme, mais toujours la même trace. Ces moments simples, un café au réveil, un repas sous la tente en regardant l’orage s’éloigner, un silence partagé dans la forêt, on est dans le vrai, l’authentique, pas derrière un écran. Ces moments ne s’achètent pas, ils ne se vivent jamais aussi pleinement que dans la nature, les mains dans la boue et le cœur léger. On est rentré épuisés et heureux, avec cette certitude : ce sont ces instants-là, et non forcément les destinations lointaines, qui comptent.


L’autonomie
L’aventure, c’est aussi l’autonomie, et l’art de ne pas trop en emporter. Côté nourriture, on a appris à voyager léger : pas de confort inutile, juste l’essentiel pour se nourrir sans traîner cinq kilos de trop sur les montées. Chaque gramme compte quand la piste se redresse, et se contenter du strict nécessaire fait partie du plaisir. Côté eau, on avait une bonne réserve au départ, mais le lendemain il a fallu faire un détour par le village de Saint-Just-d’Avray pour refaire le plein. Détestable sur le papier, ce détour ? Sur la totalité du parcours, il était en réalité ridicule. Et pourtant, moralement, il pesait lourd : on le vivait comme une perte de temps et d’énergie. C’est là toute la subtilité du tracé d’un itinéraire, physiquement, quelques kilomètres de plus ne sont rien ; mentalement, une trace qui passe par le village plutôt que de le contourner change complètement la perception de l’effort. À retenir pour la prochaine fois : parfois, dessiner un itinéraire, c’est d’abord dessiner dans les têtes.

La checklist du bivouaqueur
Pour celles et ceux qui voudraient tenter l’expérience, voici en toute transparence ce que chacun de nous portait. Une liste courte, pensée pour le gravel léger : de quoi manger, dormir, se changer et réparer, rien de plus.
- Cuisine :
- réchaud portable + gaz,
- popote,
- couverts,
- assiette en inox,
- tasse,
- petit sac poubelle,
- cafetière + café moulu.
- Le café du matin au sommet de la forêt, c’est le carburant du retour. On ne transige pas là-dessus.
- J’avais cuit du riz en me disant que ca peserait moins que du riz + de l’eau à bouillit, et j’avais pris mais, tomates-cerises, etc..
- Autre option intéressante choisie par Quentin quand on a qu’un seul repas a emporter: un simple taboulé dans son emballage plastique.
- Bivouac :
- tente,
- sac de couchage 10°,
- matelas de sol gonflable,
- oreiller gonflable,
- lampe frontale
- Cycliste:
- casque
- lunettes
- veste de pluie
Un mot aussi sur l’équipement qui nous a sauvés ce soir-là : la veste ESCAPADE d’Urban Circus. Coupe-vent, déperlante et respirante, elle est pensée pour pédaler sous la pluie sans finir en sauna grâce à ses ouvertures dorsales et ses aérations d’aisselles. Ultra légère et compacte, elle se replie dans sa propre poche pour se glisser au fond du sac, et on ne peut pas dire qu’elle y est restée longtemps. Ses empiècements réfléchissants nous ont aussi rendus bien visibles sur la portion route avant la forêt de Brou, lumières allumées sous l’averse. Une veste qu’on oublie quand le soleil brille et qu’on bénit quand le ciel décide autrement.
- Change :
- vêtement du soir,
- pull ou doudoune légère.
- Hygiène :
- crème solaire,
- brosse à dents + dentifrice,
- trousse de secours,
- rouleau de PQ + briquet.
- Electronique:
- compteur GPS
- téléphone portable
- batterie externe
- Réserve d’eau
- 2,5 litres dans un camelback
- Kit d’outils :
- multi-outils,
- pince multifonction,
- mini pompe électrique,
- kit de réparation chambre à air (rustines ou colle + démonte-pneus),
- chambre à air de rechange.
Conclusion : l’aventure est à la porte
Bilan de la sortie : 133 km, 2 600 m de dénivelé positif, un orage, une crevaison, un spot de bivouac inoubliable et zéro kilomètre inutilement loin de chez nous.
Alors oui, on n’est pas parti loin. Mais entre la chaleur écrasante, l’orage survolté, la forêt de douglas, la vue à 180° sur la vallée et cette nuit d’un silence absolu, on a eu notre compte d’aventure. Le bikepacking, ce n’est pas une question de distance, c’est une question de regard. Et parfois, il suffit de pédaler depuis son atelier de quartier pour comprendre que le sauvage commence là où on décide d’aller voir, même si c’est juste au-dessus de chez soi.











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